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Maître Ripert, l’avocat à abattre
par La rédaction le Novembre 2008 à 18h10
Bernard Ripert, avocat à Grenoble qui n’a pas la langue dans sa poche, est poursuivi pénalement pour des propos qu’il a tenus pendant un procès. Sauf que les avocats sont censés jouir, selon la loi, d’une immunité pendant les audiences. Rencontre avec un juriste que l’on veut faire taire.![]() Nous avons rencontré Bernard Riprt lors d’une réunion publique organisée pour exposer sa situation. Il lui est reproché d’avoir tenu des propos outrageants à l’égard des magistrats siégeant à l’audience civile de la cour d’assises. Lors de cette réunion, peu de ses confrères sont présents. Pourtant, l’enjeu est important puisqu’il est question des droits de la défense. De notre côté, on découvre le bonhomme et sa verve d’avocat, ses opinions tranchées, ses critiques acerbes et ses formules choc qui font mouche. Son sens de la provocation, aussi. Un ami arrêté après une manifestation nous racontera : « Quand il m’a défendu, je pleurais de rire pendant sa plaidoirie ! Il est excellent ». Lors de cette soirée, on rigole bien, nous aussi, quand il daigne évoquer ce qu’il a dit à l’audience : « J’ai dit à une juge, qui est une ancienne avocate, que c’était la plus mauvaise avocate de la région ». Une avocate dans la salle commente : « ça, on est tous d’accord, mais tu n’étais peut-être pas obligé de lui dire en face pendant l’audience ! ». Inique justiceLe personnage a accepté de nous rencontrer. Son bureau est très loin de l’image feutrée des cabinets d’avocats. Les murs de la petite salle d’attente affichent des slogans pour la libération des membres d’Action directe, dont il fut l’avocat, ou contre la politique de la France à l’égard des sans-papiers. Le temps de s’imprégner de l’atmosphère, l’homme nous reçoit. Les dossiers s’entassent sur les étagères, une vieille machine à ruban trône non loin de son bureau en bois brut. « Je tape mes lettres avec », sourit-il. Il s’assied, s’empare de mystérieux élastiques et commence à nous parler de son métier, de la restriction des libertés, de la justice et de l’affaire qui doit le conduire devant un juge pénal.
Incitation à la bêtiseBernard Ripert conteste également l’incitation à comparaître : « Ce qui m’est reproché est rapporté de manière erronée, inexacte et fallacieuse. On me reproche d’avoir dit “à Chambéry, vous êtes des malades”. Je n’ai pas dit ça. J’ai dit “a Chambéry, vous êtes des malades de la répression”, et je continuerai à le dire tant que les juridictions chambériennes continueront à condamner aveuglément sans humanité, sans nuance et sans intelligence les gens qu’elle juge. On rapporte que j’ai dit aux juges “vous êtes des fascistes”. J’ai dit qu’un pays dans lequel il n’y a plus de justice est un pays fasciste. Si les juges ont compris que, disant cela, je disais qu’ils étaient des fascistes, c’est qu’ils ont tout à fait compris qu’ils ne rendaient plus de justice. Je ne vois pas au nom de quoi on m’interdirait de critiquer une décision de justice ».
Justice sans queue ni têteAu-delà du personnage lui-même, il s’agit de la remise en cause d’un droit fondamental de la défense et d’une entrave majeure à l’exercice de la profession d’avocat. De la Révolution à nos jours, l’avocat a pour vocation de permettre l’exercice des droits de la défense tout en restant indépendant des pouvoirs successifs, parfois en prenant des risques. Illustres et nombreux sont ces avocats tels Pierre-Antoine Berryer (avocat du maréchal Ney, et du maréchal Cambronne), Tronchet et De Sèze, avocats de Louis XVI lors de la Révolution, et plus récemment Robert Badinter ou Gisèle Halimi (avocate de membres du FLN durant l’Algérie Française). Les avocats d’affaires supplantent maintenant les pénalistes et les libertés publiques sont mises de côté. Il est d’ailleurs possible de le constater au sommet de l’Etat. Le ministre Badinter et la parlementaire Halimi, grands défenseurs des libertés publiques, ont laissé la place aux avocats d’affaires Sarkozy, Lagarde, Borloo et à une controversée magistrate, Rachida Dati.
Barbares & démocratesAinsi, « l’affaire Ripert » n’a pas créé une vague d’indignation chez les avocats. « Si la justice dit qu’elle peut se permettre d’apprécier la teneur de mon propos pour déterminer qu’il corresponde à une infraction, elle ne respecte pas l’immunité. C’est l’immunité de la défense qui est remise en cause. Si ce problème ne concerne pas toute la profession, je ne sais pas qui il concerne ». Pourtant, pas de mouvement d’ampleur, pas de manifestations, et même pas de soutien de la part des syndicats de juristes. De nombreux avocats s’intéressent toutefois à l’affaire et le comité de soutien mobilise les troupes pour l’audience de Dijon, où les robes noires devraient être présentes en nombre.
Ni vieux ni traîtreA l’approche du procès, maître Ripert est plus que jamais remonté : « J’y vais de manière offensive, déterminée, et je ne serai pas seul. A Dijon, j’aurai une défense collective et massive. Il n’est pas possible dans le respect de la loi qu’on me condamne, mais je sais que certaines juridictions françaises ne respectent pas la loi ». Il ne s’inquiète pas trop du verdict, ni des autres plaintes ou poursuites disciplinaires lancées à son encontre : « Dans leur esprit, cela peut m’inquiéter, cela peut altérer mon ardeur. Vous savez, maintenant, j’ai l’habitude devant les cours d’assises, je leur ai appris ce qu’il fallait faire pour me poursuivre. Dès que je leur dis quelque chose, on le fait consigner sur le procès verbal ! Ils utilisent tous les moyens qu’ils peuvent pour me faire taire. Ils ne me feront jamais taire ». Plus d’infos sur le site du comité de soutien La rédaction 1 Message |
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