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Les Papeteries de Lancey, un an après

par La rédaction le Septembre 2009 à 14h26
Les papeteries de Lancey à Villard Bonnot, près de Grenoble, ont fermé il y a un an. Présentée comme une fatalité, la mort de l’usine historique ressemble plutôt à un crime organisé.
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Cela fait un an, déjà, que les centaines de rouleaux métalliques de l’imposante « machine 8 » ont arrêté de tourner, que « la feuille » a cessé d’y passer pour constituer les énormes bobines de papier pesant plusieurs tonnes. Un an que les papeteries de Lancey, à Villard Bonnot, ont fermé.
Pourtant, en prenant l’autoroute qui traverse la vallée, on peut toujours apercevoir les panneaux touristiques « Le Grésivaudan, l’industrie du papier ». Les papeteries, ça n’était pas seulement des usines, mais une Histoire, celle de l’industrie, de l’hydroélectricité. Des histoires, aussi, celles de centaines de familles qui ont vécu grâce au papier depuis 1869.
Difficile, à Villard Bonnot, de trouver quelqu’un qui n’ait jamais travailler aux « Papet’ » : Étudiant, j’y ai travaillé quelques étés. Beaucoup de mes amis y sont passés, souvent en intérim, pour quelques mois ou quelques années. Certains y étaient toujours au moment de la fermeture. Mon voisin y a fait toute sa carrière, ses trois fils ont également été papetiers. Mon père y a fait tout et n’importe quoi comme sous-traitant, du ramassage des poubelles aux entretiens d’espaces verts. La plupart de ses amis y ont travaillé, pour y atteindre les uns après les autres l’âge de la retraite, aidés par les « plans » successifs ou le fait d’avoir commencé tôt. A l’époque, on allait à l’usine dès 14 ans si l’on n’avait rien de mieux à faire.

Il était une fois la résignation

« C’est triste, mais qu’est-ce que tu veux y faire ? ». Combien de fois ai-je entendu cette phrase, dans la bouche de jeunes intérimaires comme de vieux retraités. La résignation, voilà le sentiment le plus répandu. Plus que la colère d’avoir donné tout ce temps pour rien, plus que la haine envers des patrons qui ont précipité l’entreprise dans le gouffre. La résignation, comme si il était normal qu’en France les usines ferment. Après tout, on en entend tous les jours au journal. C’en est devenu banal. Alors, on ne prend même plus le temps de s’indigner et de comprendre les causes de ces fermetures.
Les papeteries de Lancey étaient depuis longtemps rentrées dans le monde du capital et des rachats successifs. Jusqu’à la fin des années 80, l’usine appartient au groupe papetier français Aussedat-Rey. Ce groupe est racheté par le géant International Paper. En 1995, la cartonnerie, située au Pruney, ferme. 189 personnes sont priées de trouver un autre job. Puis, en 1998, l’entreprise, en difficulté, est revendue pour une bouchée de pain à un industriel local : « On a eu une gestion qui tenait la route, avec des investissements, un soutien des pouvoirs publics, on était en progression. Évidemment, il y avait des conflits, mais on restait dans le monde industriel, dans une relation de patron à ouvrier » explique un syndicaliste. « Fin 2002, on a été vendus à Mathussiere et Forêt… C’est là que les ennuis ont commencé ». En effet, le groupe Mathussière et Forêt (MF), financièrement au bord du gouffre, dépose le bilan à peine deux mois plus tard. L’opération de rachat n’était donc qu’un tour de passe-passe boursier destiné à augmenter le capital du groupe tout en profitant de la trésorerie saine des papeteries de Lancey.

Les charognards sont là

C’est finalement le fond d’investissement américain Matlin Paterson qui va racheter MF en 2005, et donner le coup de grâce à la société. Car MF possédait dans les montagnes de la chaîne de Belledonne huit centrales hydroélectriques qui lui assuraient un revenu grâce à la revente de l’électricité. « Tant qu’il y aura les centrales, l’usine ne fermera pas » assurait-on dans les discussions depuis des années. Vrai ou pas ? Elles sont en tout cas vendues fin 2007. Lors d’une réunion préfectorale, les dirigeants français de Matlin Patterson assurent que les bénéfices de la vente serviront à des investissements industriels. Rien de cela ne sera fait. Cet argent, ainsi que la trésorerie de MF, rejoindra les îles Caïman et les Bermudes sur les comptes du fond d’investissement américain. Sur Internet, on peut trouver un portrait de David Matlin, le créateur de Matlin Patterson, titré « La vie d’un vautour » [1].

Où sont passés les p’tits papiers ?

Je rencontre Tarek, qui a travaillé deux ans aux papeteries de Lancey. Intérimaire, il n’a obtenu aucune compensation lors de la fermeture des papeteries. Avant ça ? « Je travaillais aux papeteries de Domène ». D’où il avait déjà été licencié lors de la fermeture. Je l’avais appelé l’année dernière, pour fixer un rendez vous :
- « En ce moment, je peux pas trop, je travaille. J’ai trouvé un truc, en intérim, aux papeteries de Pont-de-Claix »
- Mais ça n’a pas fermé au printemps, là-bas aussi ?
- Ben si, mais nous on y va pour sécuriser le site, vidanger les tuyaux pour pas qu’ils gèlent, des choses comme ça »

Après avoir connu la chute de deux papeteries, Tarek en démonte une troisième. Alors que la demande de papier augmente, en France comme au niveau mondial.

193 personnes travaillaient à Lancey, 57 à Meylan, au siège social, et 210 dans une autre usine du groupe MF, à Voreppe. Certains ont retrouvé du travail. Rarement en CDI. Souvent grâce aux différentes collectivités locales et entreprises publiques, qui ont donné un coup de main en embauchant quelques licenciés. Pas de quoi se réjouir –un peu comme si essayait de soigner un cancer avec un pansement. Les machines ont été rachetées, et un projet de démontage et de remontage en Égypte a été évoqué. Peut-être fonctionneront-elles mieux sous le ciel du Moyen-Orient ?

De nôtre côté, on n’a pas envie de se résigner. On pense que ce n’est pas si « normal » lorsque qu’une entreprise comme celle-là ferme en France. Alors, on va essayer de comprendre et on vous en reparlera. Des Papeteries de Lancey, évidemment, puisqu’on espère pouvoir faire un film sur le sujet. Mais aussi de toutes les autres entreprises qui mettent la clé sous la porte autour de chez nous.

Y.C.


A voir également : Un reportage photo sur la fermeture des papeteries de Lancey.



La rédaction

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Notes

[1] http://www.forbes.com/forbes/2002/0930/400337.html

1 Message

  •  Posté le 24 octobre 2009 15:42, par toto 44

    matlin paterson fait le meme travail a goss nantes qui produit des rotatives ils se sont associes avec harris montataire dans l’oise qui perd de l’argent et il ferme goss nantes qui en gagnait c’est incomprehensible les faussoyeurs s’appellent jochen meisner et theo buchmeyer bon courage

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